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I
Les esclaves dans la société marocaine
Les visiteurs qui venaient du Nord étaient
frappés par la quantité d’esclaves
noirs qu’on trouvait au sud de la Méditerranée
et par le traitement qu’on réservait
à ces esclaves. On les utilisait pour
les mines, l’agriculture (culture de la
canne à sucre), comme domestiques ou
pour servir dans l’administration.
1.1 Le nombre
Un observateur donne pour total des noirs dans
le Maroc au XIXe siècle 120 000, tandis
qu’un autre, avance le chiffre à
500 000, environ le dixième de la population
totale (en ces temps là, on n’avait
pas de chiffres précis).
1.2 Ville, campagne
La domesticité noire était plus
importante dans certains endroits ruraux qu’en
milieu urbain. Les documents la mentionnent
souvent à la campagne.
1.3 Auxiliaire
du pouvoir
Les esclaves étaient des auxiliaires
du pouvoir. Le Makhzen s’en était
abondamment pourvu pour différents services.
II Au
fil des jours
Le Makhzen veillait toujours à très
bien instruire et former ces serviteurs.
2.1 Formation
des esclaves
Le Makhzen instruisait principalement les hommes
dans des domaines très différents
comme les armes, les chantiers de construction
ou les professions artisanales. On formait les
femmes pour la cuisine ou la musique.
2.2 L’habit
fait l’esclave
Les domestiques noirs étaient rasés
et on pouvait voir une petite boule crépue
sur leurs têtes. L’habit de l’esclave
différenciait selon la richesse et la
catégorie sociale du maître.
2.4 Face à
la maladie
Un esclave raconte :
« J’ai
été atteint d’un mal atroce
qui a failli m’emporter. Au vu de mon
état, mon maître m’a chassé
en raison de mon inutilité. A ma guérison,
grâce à Dieu, j’ai servi
avec Boubker Rhanjaoui. Dès que mon ancien
maître me vit sain et sauf, il chercha
à me reprendre à son service. »
On n’éprouvait aucun sentiment
pour un serviteur qui aurait, peut-être,
servi loyalement avant qu’il fut atteint
par sa maladie.
Certains esclaves, les plus proches du maître,
était très fidèle.
On ressentait un chagrin cruel quand la dada
(nourrice) venait à les quitter (les
princes, les enfants des grandes maisons …)

III
Famille et sexualité
Une esclave, séparée pendant
un certain temps de son amant, dés qu’elle
l’eut aperçu sur l’aire du
marché, se risqua de l’enlacer
en public. Certains esclaves ont bien vécu
avec leurs familles, leurs proches, mais d’autres
ont été arrachés à
leur femme, leur époux, leurs enfants.
Parmi les esclaves, peu menait une vie tranquille,
saine.
3.1 Epouses et
concubines
L’épouse avait pour rôle
de garder une lignée pure. Le plaisir
quant à lui supposait plus d’une
femme et concernait d’abord la concubine
plutôt que l’épouse. Malgré
le fait que l’homme, dans la religion
musulmane, n’ait guère le droit
d’épouser plus de quatre femmes,
il pouvait se doter comme il le désirait
de concubines –
« J’en jure par ma religion, rassure
tel jurisconsulte, que celles-ci sont à
l’acquisition d’une moindre dépense
que les dots et ce qui s’en suit. Et nul
souci à se faire, qu’on en prenne
en grand nombre ou en petit, qu’on les
traite avec égalité ou non, qu’on
vive dans leur intimité ou qu’on
s’en tienne écarté. »
IV La
fuite
4.1 Les Zaouïas,
un refuge
Les Zaouïas, lieu de refuge pour les humiliés
et les esclaves, inspiraient de la crainte et
du respect aux puissants et à l’homme
du commun. Malgré les pires moments de
l’anarchie, elles restaient inviolées,
jusqu’à la fin du XIXe siècle.
4.2 Révoltes
?
Les historiens n’ont pas eu connaissance
d’une révolte, au sens propre du
terme. Mais la fuite, pour l’esclave,
est une forme de révolte (contre la faim,
les corvées illimitées …)
V L’affranchissement
On a longtemps pensé que l’affranchissement
était une limite à l’extension
de l’esclavage au Maroc et
dans le monde musulman. A partir de cas particuliers
sans cesse répétés par
la littérature, on a trop vite conclu
que presque tous les esclaves étaient
finalement affranchis.
5.1 Une œuvre
pieuse
L’Islam n’a pas aboli l’esclavage
mais par contre, il a fait en sorte que les
esclaves devenus musulmans, soient mieux traités.
Il est rappelé dans le Hadith que «
l’homme, quel qu’il soit, qui affranchira
un Musulman, Dieu pour chacun des membres de
l’esclave, délivrera de l’enfer
chacun des membres de cet homme ».
5.2 De la parole
à l’acte
Même si un esclave était affranchi
par son maître, ou prétendait l’être,
il fallait une reconnaissance juridique pour
que cet affranchissement soit reconnu par la
société.
5.3 Une liberté
sous contrôle
On essayait toujours de restreindre, de limiter
les droits légitimes des esclaves à
qui on avait promit la liberté.
5.4 Damnés
de la terre
Le travail agricole des "harratines" noirs (agriculteurs),
dans les régions du Sud du Maroc, était
leur principal occupation, de même pour
les forgerons et les puisatiers (noirs).

5.5 Mariage,
couleur et statut
Un affranchi ne pouvait strictement pas s’unir
avec une femme de statut libre. La fille qui
n’avait jamais servi dans son passé,
la fille arabe, n’avait pas le droit d’avoir
des relations avec un moula (affranchi) ou un
berbère.
VI Le
rapt
Lorsqu’on avait besoin de plus de domestiques,
de femmes … le rapt, au XIXe siècle,
était souvent pratiqué.
6.1 Un vol organisé
L’enlèvement était-il affaire
de professionnels, ou simplement d’amateurs
? de bandes organisées ou d’individus
isolés ? En fait, plusieurs personnes
participaient à ces vols. Les "al’awan"
al "mutalassissûn", gens du peuple, voleurs
quand l’occasion se leur présentaient,
n’hésitaient pas à kidnapper
un enfant sans défense.
6.2 L’insécurité
dans les villes
Dans leurs moments d’assoupissement,
connaissaient aussi des enlèvements de
toute sorte.
VII
Vente des proches et don de soi
On retrouvait plusieurs personnes qui livraient
leurs proches à l’esclavage.
7.1 Pour un morceau
de pain
Ces pratiques dataient de temps très
anciens et connurent leur vivacité au
XIXe siècle, quand le peuple était
atteint par la famine.
Une jeune fille avait été vendue
un riyal . Quant à un jeune garçon,
il avait été cédé
pour une miche de pain. On assistait à
ceci, aux moments difficiles de l’histoire
du Maroc.
VIII
Les esclaves du Makhzen
Les esclaves du Makhzen étaient très
différents les uns des autres.

8.1 Des esclaves
à part
Les esclaves du Makhzen étaient payés,
tout le contraire de ceux des personnes privées.
Depuis leur enfance, ils étaient très
bien formés aux corvées. Quelques
esclaves, plus chanceux, pouvaient aller à
l’école qui pouvait les mener très
loin.
8.2 Dans l’entourage
des princes
Un quémandeur écrit au sultan
Moulay Abderrahman :
« J’ai fait un rêve où
vous me parûtes dans un calme majestueux,
auréolé de sagesse, la tête
reposant sur le genou d’une vielle esclave
respirant la bonté. »
Ce songe nous démontre l’affection
et la douceur qu’éprouve la nourrice
noir, pour l’enfant chéri. C’est
dans cette atmosphère de douceur que
les princes et les enfants des grandes maisons
ont grandi au Maroc.
IX Le
commerce, l’Europe et l’abolition
9.1 Le commerce
saharien (ou transsaharien)
Chaque siècle, un grand nombre d’esclaves
arrivaient en Afrique du Nord à cause
du commerce transsaharien qui s’était
éteint jusqu’à l’extrême
fin du XIXe siècle.
9.2 Le marché
aux esclaves
Ce marché, très fréquenté
jusqu’à la fin du XIX siècle,
était le plus important de la ville.
Il se tenait trois fois par semaine : les mercredis,
jeudis et vendredis.
9.3 Le protectorat et l’esclavage
Une circulaire fut promulguée en 1992
qui interdit le commerce public des esclaves
et permit aux esclaves, qui le voulaient, la
liberté.
9.4 Les sultans
et l’abolition
Le mouvement pour l’abolition de l’esclavage
vit le jour en Europe, notamment en France et
en Angleterre, qui affecta les pays musulmans.
En Tunisie, dés 1846, un décret
fit obligation « de délivrer à
tout esclave qui les demanderaient, des lettres
d’affranchissement ».
Au Maroc, des tentatives pour l’extinction
de l’esclavage eurent lieu bien avant,
du temps de Moulay Abderrahman.
« Il nous est parvenu, écrit ce
sultan à l’un de ces agents, que
quatre officiers sont arrivés de Londres
en direction de Tanger. Ils sont porteurs de
messages de la part des sociétés
françaises et anglaises, et demandent
à nous rencontrer afin que nous nous
engagions envers leurs nations, à ne
plus vendre ou acheter des esclaves. »
9.5 Les européens,
le Maroc et l’esclavage
Le rapt des personnes libres, on l’a
vu, pourvoira un temps aux besoins (plus de
domestiques…) ; le temps nécessaire
pour que l’État interdise ces enlèvements,
ces abus ; le temps qu’il fallait à
la société pour aborder la modernité.
Les Européens payaient leurs agriculteurs
pour fabriquer du sucre, alors que les Marocains
ne dépensaient rien en utilisant des
esclaves. Petit à petit, les Occidentaux
ont contraints les Marocains à l’abolition
de l’esclavage.
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